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Visite de Na’In

09 Fév

A une autre petite heure de Toudeshk, en direction de Yazd, se trouve l’ancienne cité de Na’In. Pleine de maisons en briques de boue, et pleine d’histoire, la ville n’est pourtant pas prédominante sur les itinéraires de voyage. Mais comme on était dans le coin et que Mohammad est un bon guide, on s’est dit qu’on pouvait aussi bien aller visiter ! Au final, c’est un contact de Mohammad, Mahmoud (un couchsurfer !) qui nous a fait visiter, puisqu’il a reçu l’autorisation de je ne sais plus quelle organisation ou département.

La ville héberge l’une des 4 premières mosquées d’Iran, datée du 8ème siècle, à une époque où les mosaïques bleues n’étaient pas encore d’usage. Au contraire, comme les plus vieilles mosquées du pays, elle est faite en briques de boue, à l’instar de tous les bâtiments de cette région désertique. Sans aucun visiteur, entourée par de très vieilles pierres, c’est indiscutablement une des mes mosquées préférées du pays :)

Les 14 piliers qui entourent la cour intérieure présentent chacun un motif différent dans l'organisation des briques. Un vrai plaisir :)

Les 14 piliers qui entourent la cour intérieure présentent chacun un motif différent dans l’organisation des briques. Un vrai plaisir :)

Le minaret, et quelques-uns des autres piliers. La construction en pierres lui donne une autre sorte de dignité tranquille, loin de la grandeur démesurée des mosquées d'Esfahan

Le minaret, et quelques-uns des autres piliers. La construction en pierres lui donne une autre sorte de dignité tranquille, loin de la grandeur démesurée des mosquées d’Esfahan

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Sous l’une des arches menant à la cour

Et dans la cour : de curieux pavés ! Qu'est-ce qui leur a pris de mettre ces cailloux blancs un peu hideux ? Et bien c'est de l'albâtre...

Et dans la cour : de curieux pavés ! Qu’est-ce qui leur a pris de mettre ces cailloux blancs un peu hideux ? Et bien c’est de l’albâtre…

Et voilà le même pavé... vu d'en dessous ! La roche est transparente et crée un puits de lumière

Et voilà le même pavé… vu d’en dessous ! La roche est transparente et crée un puits de lumière

Les étés étant bien trop chauds, les habitants se réunissent souvent au sous-sol pour les activités religieuses. Tous les puits de lumière sont créés par les albâtres de la cour... Vraiment impressionnant !

Les étés étant bien trop chauds, les habitants se réunissent souvent au sous-sol pour les activités religieuses. Tous les puits de lumière sont créés par les albâtres de la cour… Vraiment impressionnant !

A l'extérieur de la mosquée, deux bénévoles s'activent à parer le dôme de décorations noires et vertes, en prévision des célébrations du 3 janvier, qui commémorent le martyr de l'Imam Hussein.

A l’extérieur de la mosquée, deux bénévoles s’activent à parer le dôme de décorations noires et vertes, en prévision des célébrations du 3 janvier, qui commémorent le martyr de l’Imam Hussein. PS: observez les motifs des briques :)

Juste à l’extérieur de la Mosquée Jame (/Jamé/) s’étend la vieille ville, dont l’une des anciennes maisons / propriétés les plus importantes. Passées par les mains de juges, de gouverneurs ou de riches marchands, elle déborde de splendeur… mais une splendeur toute simple, riche de la chaleur du désert et de l’ombre des pierres. On entendrait presque les grillons chanter.

La cour intérieure de la maison, avec de petites alcôves qui abritaient les tables pour prendre le thé. Un jardin un peu laissé à l'abandon, et des flaques... couvertes de glace :) Eh oui, il fait toujours froid !

La cour intérieure de la maison, avec de petites alcôves qui abritaient les tables pour prendre le thé. Un jardin un peu à l’abandon, et des flaques… couvertes de glace :) Eh oui, il fait toujours froid !

Le plafond de l'une des salles où l'on recevait les invités... Petite ville de province. Moi, je veux les mêmes plafonds !

Le plafond de l’une des salles où l’on recevait les invités… Petite ville de province. Moi, je veux les mêmes plafonds !

Et les décorations murales de la même salle...

Et les décorations murales de la même salle…

Au gré de nos déambulations avec Mahmoud & Mohammed, nous apercevons de très nombreuses maisons en briques, tombant peu à peu en ruines. Certaines habitées, d’autres non. Mais toutes ces maisons sont privées, et le gouvernement ne peux obliger les propriétaires à les rénover pour des questions de « préservation du patrimoine ». La ruine la plus impressionnante reste celle du château, impossible à visiter :

Je ne saurais même pas par où entrer...

Je ne saurais même pas par où entrer…

L’été étant toujours très chaud, les habitants étaient toujours en quête de solutions pour échapper aux pires heures de la journée. Et, comme à la mosquée, la solution se trouve… sous terre. Dans les quartiers « périphériques » de Na’In, on trouve de petits caveaux d’une dizaine de mètres de long, où se retrouvaient les gens pour tisser leur tapis. Aujourd’hui, il ne reste plus grand monde, si ce n’est quelques personnes attachées à la tradition et quelques vieux qui veulent continuer à travailler un peu. Lors de notre visite, il n’y avait qu’un homme, qui nous a montré son métier à tisser, et qui nous a proposé d’essayer les vêtements traditionnels en poils de chameau pour une photo. Evidemment, on n’a pas refusé ;)

Tissage de tapis

Tissage de tapis

On est ridicules et on l'assume parfaitement :)

On est ridicules et on l’assume parfaitement :)

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Mais ce qui nous a vraiment passionnés, c’est la meule à eau. Les habitants creusaient des qanat, des aqueducs souterrains. Ils partaient de la montagne, où le sommet de l’aquifère (water table) était plus élevé que le village. Ils creusaient donc un puit (mother well), du fond duquel ils creusaient un long tunnel, parsemé de puits de ventilation / extraction de terre tous les 20-40 mètres (access shafts). Le tunnel, ou qanat, descendait en pente très douce vers le village et apportait donc l’eau aux réservoirs comme celui de Toudeshk (c’est pour cela qu’il fallait descendre).

A la fin du qanat, il y avait souvent ce qu’on appelait une foggara, qui permettait de répartir l’eau entre les villages. Par exemple, si le village X était 2 fois plus grand que le village Y, il recevait 2/3 de l’eau, qu’on séparait grâce à cette « fourchette » et à des canaux positionnés en fonction des proportions à attribuer. Sur cette image, par exemple, ce serait pour 3 villages de tailles égales.

Le moulin à eau de Na’In et d’autres villes était donc… sous terre ! En gros, à un endroit donné du qanat, l’eau tombait dans un réservoir de 9m de haut. Lorsqu’il était plein, on enlevait un bouchon à sa base, et l’eau sortait rapidement grâce à la pression des 9m d’eau, bien plus rapidement que le paisible petit ruisseau du qanat. Cette eau faisait donc tourner une turbine à pales en bois, qui faisait tourner un axe sur lequel étaient encastrées deux meules en pierre. Les grains de blé tombaient entre les deux meules et la farine en sortait par force centrifuge. Et le qanat suivait son cours… Mois je reste admirative !

Photo issue du Water Museum de Yazd, montrant la meule à eau

Photo issue du Water Museum de Yazd, montrant la meule à eau

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Image du site http://historicaliran.blogspot.com/2009/12/water-mills-of-yazd.html
Pour une vue d’ensemble du système

Le tunnel permettant de descendre à la meule (water mill) de Na'In, 70m sous terre

Le tunnel permettant de descendre à la meule (water mill) de Na’In, 70m sous terre

Et le qanat lui-même, tout paisible, à peine à hauteur d'homme.Evidemment, la lumière n'est là que pour les visiteurs. Ceux qui creusent et entretiennent (eh oui !) les qanat transportent leur source de lumière sur eux

Et le qanat lui-même, tout paisible, à peine à hauteur d’homme.
Evidemment, la lumière n’est là que pour les visiteurs. Ceux qui creusent et entretiennent (eh oui !) les qanat transportent leur source de lumière sur eux

Et vous, ça vous impressionne pas ? Je trouve ça vraiment passionnant :)

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Publié par le 9 février 2013 dans Iran

 

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