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On respire encore, ouf !

28 Juin

Les 7 derniers jours ont vu la Malaisie passer d’un extrême à l’autre. Scène géopolitique, environnementale & sanitaire, tout y était ! Facebook, Twitter, les journaux, les conversations autour d’un café : on ne parlait plus que de ça.

Eh oui, le « haze » était de retour…

Kuala Lumpur, en mode Avant/Après

Kuala Lumpur, en mode Avant/Après

Il n’existe pas de terme officiel en Français qui décrive exactement ce que c’est. La traduction proposée par les dictionnaires vous donnera « brume » ou « brouillard » mais, pour tout bon français qui se respecte, ça vous évoquera un brouillard… d’humidité. Alors, pour le haze, il vaut mieux parler de nuage/nappe de pollution peut-être. Pas vraiment comme ce qu’on a sur Paris certaines journées où les voyants montent dans le rouge (ha ha ha, vous n’avez rien vu), mais plutôt comme dans le Londres de l’ère industriel avec toutes ses cheminées à charbon.

Parce oui, le haze, c’est en fait de la fumée. Pour la Malaisie et Singapour, elle vient de l’île de Sumatra en Indonésie. Pour le nord de la Thaïlande quand j’y habitais, ça venait plutôt de Birmanie. Mais qu’est-ce qui brûle ? Typiquement, un peu tout ce dont on veut se débarrasser. Ca va du très normal tas de feuilles mortes dans le jardin aux déchets ménagers (plastiques compris) dont on ne sait que faire, mais aussi (et surtout) de la technique « slash-and-burn » (couper & brûler) que l’on utilise pour défricher.

Cette technique est supposément illégale aujourd’hui mais, dans les petits villages, elle bien difficile à contrôler. On dira que c’est un feu qui s’est déclaré par la chaleur, ou autre. Mais les gros coupables, ce sont bien les plantations d’huile de palme. Que ce soit pour défricher une nouvelle parcelle ou pour nettoyer une ancienne dont on vient de couper les vieux arbres, le slash-and-burn est idéal pour faire vite, facile, et pas cher. Comme c’est illégal, ces grandes sociétés poussent souvent les petits fermiers vivriers voisins à commencer des feux sur leurs champs & talus, puis attendent gentiment que le vent les pousse sur les parcelles. « Mais monsieur le policier, ce n’est pas nous, ce sont ces stupides paysans locaux qui ne respectent pas les lois. »

Bien joué.

Nuage de fumée sur la Malaisie et Singapour

Nuage de fumée sur la Malaisie et Singapour

Pendant ce temps, ce sont bien les populations d’à côté qui souffrent. Sumatra est chanceuse dans le sens où les vents font partir la fumée vite fait… mais celle-ci retombe sur Singapour & la Malaisie. Parlons un peu système de pollution. Ici, on utilise l’API, mais c’est la même chose que le PSI (Pollution Standard Index), qui compte la quantité de particules dans l’air. Traditionnellement, ça évolue comme ça :

0 à 50 : bon

50 à 100 : modéré

100 à 200 : nocif pour la santé

200 à 300 : très nocif pour la santé

Au-dessus de 300 : dangereux

Au-dessus de 400 : dangereux, potentiellement fatal pour les nouveau-nés et les personnes âgées

Il prend en compte les particules comme l’ozone, le monoxyde de carbone, le dioxyde de soufre, le dioxyde d’azote et particules PM10 & PM2.5 (plus petites que 2,5 microns, soit 30 fois plus fins qu’un cheveu).

Je suis arrivée à Kuala Lumpur samedi matin avec les nouvelles suivantes : le nuage se déplaçait de Singapour vers la Malaisie, et l’état de Johor Baru était touché de plein fouet. Quand je vous dit, de plein fouet, Muar était à 415. Kuala Lumpur montrait ses premiers signes, avec du genre 90-100.

Le dimanche matin, c’était du 750 à Muar. 7-5-0 !!! Etat d’urgence déclaré. A Kuala, l’API montait à chaque relevé. Dimanche soir, le gouvernement annonçait la fermeture des écoles de Kuala et du Selangor (l’état qui entoure KL).

Vue chez moi, de mon parking. Visibilité, 600 mètres.

Vue chez moi, de mon parking. Visibilité, 600 mètres.

Entre lundi et mardi, on est passé petit à petit à 215. Klang, à 30 km à l’ouest d’ici, où vivent les parents de Ferdi, est monté jusqu’à 385. Et à côté des 750, on se disait qu’on l’avait mollo… Les consignes étaient partout les mêmes : pas d’activités physiques, boire énormément d’eau (« laver » la gorge & éliminer les toxines assimilées par le corps), fermer toutes les portes et fenêtres (mais fait chauuuud !), sortir avec un masque, limiter les sorties à l’extérieur…

La mode des masques à Kuala Lumpur ;)

La mode des masques à Kuala Lumpur ;)

Et puis, mercredi, ça se stabilise. Jeudi, miracle, du ciel bleu ! Et aujourd’hui, vendredi, on peut voir les collines de Genting Highlands à une heure de KL. L’API est descendu en chute libre vers 40. On peut enfin respirer.

Reste que ce n’est que le début de la saison du haze, et qu’on s’attend tous à ce qu’il revienne. Le marathon de Kuala Lumpur, qui devait avoir lieu ce dimanche, a été reporté au 29 septembre, histoire de laisser la saison passer.

En attendant, le duel géopolitique continue, avec l’Indonésie d’une part, et Singapour & la Malaisie d’autre part, les deux derniers accusant évidemment le premier de ne rien faire. Et pendant ce temps, le gouvernement indonésien n’oublie pas de rappeler que 8 des plus grosses compagnies d’huile de palme en Indonésie… sont dirigées par des Malaisiens. Eh oui…

Vous voulez faire quelque chose ? Boycottez l’huile de palme. Sérieusement. Si ça continue à se développer à ce rythme, c’est parce que les gens achètent.

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3 Commentaires

Publié par le 28 juin 2013 dans Malaisie

 

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3 réponses à “On respire encore, ouf !

  1. Garf

    28 juin 2013 at 22:54

    Bonjour,

    Ce que je trouve étonnant, c’est qu’on considère d’emblée que les responsables sont les producteurs d’huile de palme, quand on sait par ailleurs que cette « méthode » est très souvent celle utilisée par les « pilleurs » de bois.
    La Chine par exemple, est réputée pour son appétit pour les bois tropicaux : http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/nature-environnement/20121129.AFP6375/la-chine-continue-sans-scrupule-a-piller-les-forets-tropicales.html

     
  2. autret

    16 octobre 2013 at 23:24

    bois tropicaux ou huile de palme de toute façon il y a de l’abus…pour ma part ça fait un moment maintenant que je vérifie mes étiquettes quand je fais mes courses.c’est pas toujours facile à déchiffrer, c’est pas toujours marqué « huile de palme » mais au bout d’un moment on sait quoi éviter..

     
    • Gaelle Linard

      25 octobre 2013 at 20:15

      Oui, comme les « non-dairy creamers » et « vegetal oil » sur les listes en Anglais…

       

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